Hermès, mon outil d’automatisation, lit les messages que je lui envoie sur Telegram. Quand je le reprends, par un reproche, une consigne durable ou une erreur signalée, un agent hebdomadaire transforme la correction en règle. Pour les repérer, une regex attrape les formules évidentes et Claude Haiku lit ce qu’elle laisse passer. J’avais comparé Haiku à la regex, jamais à un modèle entraîné. J’ai voulu vérifier si un modèle classique, entraîné sur mes propres messages, ferait aussi bien, plus vite et gratuitement. Le code et la méthode sont publics sur GitHub, sans aucun de mes messages.

Les détecteurs et l’étiquetage

J’ai noté sur les mêmes 260 messages :

Claude Opus a étiqueté les 260 messages sans voir les réponses des autres détecteurs, puis j’ai tranché moi-même 80 cas sur Telegram : les désaccords, les étiquettes où Opus doutait, et 20 messages tirés au hasard. Les deux modèles entraînés passent par une validation croisée en cinq parts, sans jamais voir le message qu’ils notent, et chaque score porte un intervalle de confiance à 95 %.

Les résultats

Score F1 de chaque détecteur sur 260 messages, avec son intervalle de confiance à 95 %. Claude Haiku 0,78, pour 0,05 dollar les mille messages et 1,5 seconde. Regex puis Haiku, la production actuelle, 0,77. TF-IDF et régression logistique 0,69, gratuit, 0,6 milliseconde. CamemBERT fine-tuné 0,65, gratuit, 13 millisecondes. Regex seule 0,34.
Le F1 combine ce qu'un détecteur rate et ses fausses alertes ; 1 serait parfait.

Avec 92 corrections dans le jeu, deux scores proches ne se départagent pas à l’œil, alors j’ai aussi comparé les détecteurs deux à deux sur les mêmes messages. Sur cet échantillon, Haiku devance nettement la regex (0,45 de F1) et CamemBERT (0,13). Face à TF-IDF, l’écart de 0,09 est réel mais son intervalle descend presque à zéro : je ne parierais pas sur sa taille.

Ce que ces chiffres permettent de dire

Peu de choses au-delà de mon cas. 260 messages d’une seule personne, en français, sur une seule tâche : les intervalles sont larges, un écart de quelques centièmes ne prouve rien, et rien ne dit que l’ordre tiendrait sur d’autres données. Les modèles entraînés n’ont vu qu’environ 200 exemples chacun, ce qui avantage le LLM. Ces résultats décrivent ce qu’on obtient avec peu d’étiquettes, pas le plafond de chaque approche.

Pour Hermès, ils donnent une direction :

Quand le choix serait différent

TF-IDF finit 0,09 derrière Haiku et répond en une milliseconde, gratuitement, sans rien envoyer hors de la machine. Avec quelques centaines d’étiquettes de plus, des millions de messages par jour ou des données qui ne doivent pas sortir, la balance pencherait probablement de son côté. Le même banc, sur un autre volume ou une autre contrainte, pourrait conclure autrement, et c’est pour ça qu’il faut le faire tourner plutôt que présumer.

Ce que la mesure ne voit pas

Près de la moitié des corrections que Haiku rate n’existent que par la conversation :

Aucun détecteur qui lit un message et la fin de la réponse précédente ne peut les voir. Donner plus de contexte semble une piste plus prometteuse que changer de modèle, mais je ne l’ai pas encore mesuré.

L’autre limite, c’est moi. Sur les 20 messages tirés au hasard, là où Opus, la regex et Haiku étaient d’accord, j’ai contredit Opus quatre fois, et certains de mes propres arbitrages se contredisent. Au-delà de 0,8, ce banc mesure sans doute autant l’accord entre annotateurs que la qualité des détecteurs.

Si vous envisagez un LLM pour trier, classer ou détecter, on peut comparer sur vos données ce qu’il apporte face à des solutions plus simples. Ce n’est pas toujours lui qui gagne.