ORIGAMI, le logiciel métier que je développe et maintiens en production pour la régulation médicale, propose désormais l’ordonnance numérique à ses prescripteurs. Le branchement n’a pas été fait en direct contre les téléservices de l’Assurance Maladie, mais via Ordoclic, qui expose ses services e-santé par API à des éditeurs intégrateurs. La certification CNDA Ordonnance numérique, elle, est portée par ORIGAMI : nous avons passé les pré-séries en notre nom, avec Ordoclic comme socle technique.

Je documente ce chemin parce qu’il est mal connu, et que des éditeurs de taille modeste y renoncent en croyant devoir tout absorber.

Un logiciel métier qui doit prescrire

ORIGAMI est une application Rails utilisée par des praticiens en activité. À un moment, la prescription électronique cesse d’être une option : le papier devient un irritant pour le médecin, qui veut transmettre directement au pharmacien, et pour le patient, qui ne veut pas balader une feuille. Il faut générer des prescriptions structurées, signées, déposées dans la base sécurisée hébergée par la CNAM, et interrogeables par le pharmacien à partir d’un identifiant.

Deux chemins, deux surfaces réglementaires

Le chemin direct. L’éditeur s’enregistre auprès de l’ANS, monte sa chaîne PKI, gère ses certificats serveur et logiciel, intègre Pro Santé Connect ou les cartes CPS pour authentifier les professionnels, dialogue avec le téléservice de l’ordonnance numérique, développe et fait certifier son propre LAP (Logiciel d’Aide à la Prescription) auprès de la HAS, avec base médicamenteuse agréée, contrôles d’interactions, contre-indications et posologies, puis passe le dossier CNDA pour son propre compte. C’est la voie des gros éditeurs historiques, et elle a sa cohérence : la chaîne est contrôlée de bout en bout, sans dépendance. Son coût d’entrée et de maintenance déforme le produit d’une structure d’un ou deux développeurs.

Le chemin de l’API intégrateur. L’éditeur s’appuie sur un partenaire déjà raccordé aux téléservices et déjà certifié LAP, qui factorise la plomberie réglementaire derrière une API. Le logiciel métier consomme les services et passe sa propre certification CNDA en s’appuyant sur ce socle. Pour le médecin, l’expérience est celle d’un éditeur en raccordement direct : il prescrit, ça part, le pharmacien interroge la base.

Deux colonnes comparant le raccordement direct, où l'éditeur porte l'enregistrement ANS, la chaîne PKI, Pro Santé Connect, le LAP certifié HAS et le dossier CNDA, et le chemin de l'API intégrateur, où le partenaire porte les quatre premiers blocs et l'éditeur garde sa certification CNDA en propre.
Le choix se joue sur la surface réglementaire portée en interne. La certification CNDA reste dans les deux cas au nom de l'éditeur.

Ce qu’Ordoclic prend en charge

Ce qui reste à l’éditeur

La prescription n’a pas lieu dans ORIGAMI. Le médecin clique sur un bouton qui ouvre le LAP d’Ordoclic avec le contexte déjà posé, et c’est là qu’il prescrit, devant les alertes d’interaction et de contre-indication de la base médicamenteuse. Quand il a terminé, ORIGAMI reçoit par webhook l’ordonnance sécurisée au format PDF, la rattache au dossier et la transmet au patient par un canal sécurisé.

Ce découpage pousse le travail de l’éditeur aux deux extrémités. En amont, transmettre le bon contexte : quel praticien agit, sous quel numéro RPPS, dans quel contexte d’exercice, pour quel patient. Cette cinématique se cale à la configuration du compte du médecin et doit rester à jour à chaque prescription. En aval, recevoir les webhooks : un endpoint qui répond vite, qui supporte d’être rejoué sans créer de doublon, et qui trace ce qu’il a rattaché.

La responsabilité clinique du prescripteur, elle, ne se délègue nulle part. Le LAP affiche les alertes, le médecin tranche, et l’ordonnance qui revient dans le dossier porte sa décision.

Quand le partenaire est indisponible

C’est le coût de ce chemin : si Ordoclic ne répond pas, personne ne prescrit par voie électronique. Aucun mode dégradé ne produira l’ordonnance en différé, puisque la signature et le dépôt dans la base CNAM passent par le partenaire. Le repli est l’ordonnance papier.

Autant le dire aux prescripteurs avant la mise en service. INSi encaissait mieux la panne : l’acte continuait, seule la vérification d’identité restait en suspens. Ici la fonctionnalité s’arrête net, et la disponibilité annoncée aux médecins est celle du partenaire, pas la vôtre.

Le branchement côté Rails

Le code n’a rien d’exotique : des appels HTTP authentifiés contre l’API intégrateur depuis une couche service dédiée, et un endpoint qui reçoit les webhooks. Les patterns du reste du logiciel s’appliquent sans changement.

Le webhook est la pièce qui demande le plus de soin. Il arrive après coup, sur un serveur qui n’a pas suivi la session de prescription : il faut retrouver le dossier concerné, vérifier que l’ordonnance n’a pas déjà été rattachée, et répondre assez vite pour ne pas provoquer un rejeu inutile.

Une ordonnance numérique au sens du téléservice est un jeu de données structurées, signées et déposées dans la base CNAM, que le pharmacien interroge par identifiant. Le PDF que le patient reçoit en est la copie, et aucun pharmacien ne le lit.

Transmettre cette copie reste à la charge de l’éditeur. ORIGAMI envoie un email portant un lien à jeton, et le patient confirme son identité avec ses initiales avant que le document s’ouvre. Les laboratoires d’analyses et Doctolib ont déjà installé ce geste chez les patients, ce qui épargne un mode d’emploi.

Le parcours d'une prescription : depuis ORIGAMI un bouton ouvre le LAP d'Ordoclic avec le contexte, le médecin y prescrit, l'ordonnance est signée puis déposée dans la base CNAM et le pharmacien l'interroge par l'identifiant du QR code. Une flèche de retour ramène l'ordonnance dans ORIGAMI par webhook. En dessous, l'indisponibilité d'Ordoclic qui impose le repli papier, et le rappel que le PDF va au patient tandis que le pharmacien interroge la base.
L'éditeur tient les deux extrémités, le bouton qui ouvre le LAP et le webhook qui ramène l'ordonnance. L'acte lui-même se passe ailleurs.

La certification CNDA, portée par l’éditeur

La certification CNDA Ordonnance numérique obtenue dans ce cadre appartient à l’éditeur intégrateur, ORIGAMI en l’occurrence, pour une version donnée du logiciel. Elle s’obtient en passant les pré-séries CNDA en s’appuyant sur le LAP et le moteur d’Ordoclic comme socle conforme, et elle autorise la diffusion de cette version auprès des professionnels de santé.

Ce n’est donc ni un agrément obtenu seul en raccordement direct, ni un agrément hérité passivement du partenaire. Elle est tracée, attachée à une version précise, et rejouée à chaque évolution significative.

Le pattern, pour d’autres éditeurs métier

Si vous avez ça dans votre boîte

Si vous éditez un logiciel métier de santé et que l’ordonnance numérique est sur votre roadmap, la voie de l’API intégrateur existe et fonctionne. C’est le genre de sujet que je traite chez SXN Labs : cadrer le besoin, intégrer le partenaire dans une application Rails, accompagner les pré-séries CNDA, et laisser derrière un système exploitable et agréable à maintenir.