Toutes les données financières et tous les noms de clients de cet article sont fictifs. Les captures montrent de vrais écrans, avec un jeu de données inventé.
Quand on est seul aux commandes d’une boîte, il y a une question qui revient plus souvent que toutes les autres. Non pas “combien j’ai facturé le mois dernier”, pas “quel est mon chiffre d’affaires annuel”. La vraie question, celle qui décide de tout, c’est : combien de cash on me doit, en tout, et que je vais encaisser ?
Pas dans une fenêtre de 30 ou 90 jours. En tout. Tout ce qui est facturé et pas encore rentré, sans limite de temps, avec ce qui est en retard clairement signalé.
Et le problème, c’est que personne ne me répondait. Mon logiciel de compta me disait ce qui était facturé. Mon CRM ce qui était dans le pipe. Mon compte en banque ce qui était déjà là. Trois vérités partielles, dans trois outils différents, qu’il fallait recroiser à la main dans un tableur le dimanche soir. Autant dire jamais.
Alors j’ai recollé les morceaux à la source, dans Argos.
Argos, de CRM à cockpit de trésorerie
Argos, c’est le CRM que j’ai construit pour SXN Labs. À l’origine il gérait les contacts, les deals, les devis. Le dernier chantier a consisté à lui greffer une brique de suivi de trésorerie, avec une règle que je me suis fixée : afficher des faits, pas des prédictions. Je ne voulais pas d’un modèle qui devine mon avenir. Je voulais la vérité à l’instant T, celle que je peux vérifier ligne à ligne.
Le résultat, c’est un tableau de bord dont l’état par défaut est une phrase que j’adore lire : “Nothing needs your attention.” Quand quelque chose cloche, il le remonte. Quand tout va bien, il le dit, et il se tait. En tête d’écran, quelques chiffres, tous factuels, tous à jour, sans que j’aie rien à saisir.
Sous ce calme apparent, il y a trois petits défis techniques que je trouve intéressants.
Tout le cash en attente, d’un coup
Le chiffre central, c’est le “à encaisser”. La somme de toutes les factures émises et pas encore payées. Pas de fenêtre glissante, pas d’horizon arbitraire : le total, point.
Sauf qu’un montant brut ne suffit pas. Ce que je veux voir en un coup d’oeil, c’est le HT (ce qui m’appartient vraiment), la part de TVA (que je ne fais que garder pour l’État), et surtout ce qui est en retard. Un client qui doit 8 400 € depuis dix jours, ce n’est pas la même information qu’un client qui a jusqu’à la fin du mois pour me payer. Le premier appelle une relance, le second non.
Ce croisement HT / TTC / retard, Argos le calcule à partir des factures Pennylane. Et c’est là que le choix de Pennylane comme banque et logiciel de compta paie. Pas de rapprochement bancaire à faire : les paiements sont rapprochés nativement des factures, les transactions arrivent déjà catégorisées. Je consomme la donnée telle quelle, je ne reclassifie rien à la main.
Deux comptes, une seule trésorerie
Ma trésorerie vit à deux endroits. Pennylane pour la banque au quotidien. Spiko pour la trésorerie dormante, placée sur des fonds monétaires tokenisés qui rapportent un peu chaque jour.
La trésorerie totale, c’est donc la somme des deux poches. Comme elles sont physiquement distinctes, un compte en banque d’un côté, des parts de fonds de l’autre, il n’y a aucun risque de compter deux fois le même euro. Et si l’une des deux sources tombe, le système retombe proprement sur l’autre plutôt que d’afficher une trésorerie fantôme.
Petite anecdote pour ceux qui ont déjà intégré une API : Spiko renvoie un joli 403 Cloudflare si tu n’envoies pas un User-Agent de navigateur. Le classique “ton urllib est blacklisté par défaut”. Cinq minutes de perplexité, un header, et on passe à la suite.
Et tout le reste, au même endroit
Une fois le cash à encaisser et la trésorerie en place, j’ai ajouté les autres faits qui pèsent sur une petite boîte : les revenus récurrents mensuels, ce qui a été réellement encaissé ce mois-ci, et une estimation du dividende que je pourrais me verser, net après impôt. Toujours la même logique : des chiffres constatés, pas des promesses.
Et parce qu’Argos n’est pas qu’un outil financier, le même écran agrège aussi l’opérationnel : mes applications déployées sont-elles en bonne santé, combien de serveurs sont suivis, quels déploiements ont eu lieu aujourd’hui, ma boîte mail est-elle à jour, mes frais kilométriques sont-ils saisis. Finances, ops et admin, un seul coup d’oeil. Le tout couronné par ce fameux “rien ne requiert ton attention” quand la checklist est verte.
Le twist : moins d’interface, pas plus
Voici la partie contre-intuitive.
La tendance naturelle, quand on ajoute des données à un outil, c’est d’empiler les écrans, les graphiques, les filtres. J’ai fait l’inverse. J’ai réduit la surface de l’interface d’Argos au maximum, et je le pilote désormais presque exclusivement via MCP.
Pour ceux qui ne connaissent pas, MCP (Model Context Protocol) permet d’exposer les fonctions d’une application comme des outils utilisables par un assistant. Concrètement, Argos expose des outils du type list_deals, create_quote, get_metrics_summary, daily_briefing. Du coup, je ne clique quasiment plus. Je parle à mon CRM. “Résume-moi la trésorerie”, “quels devis sont signés mais pas encore facturés”, “crée un deal pour ce prospect”. La réponse arrive, ou l’action se fait, sans que j’ouvre une seule page.
Ce que j’ai compris en construisant ça : pour un outil que j’utilise seul, l’interface la plus efficace n’est pas une belle page web. C’est une bonne API, correctement décrite, qu’une IA peut manipuler à ma place. L’UI graphique devient l’exception, réservée aux moments où je veux vraiment voir quelque chose.
Un mot sur la confiance, parce que la question vient toujours : tout ce pipeline financier est en lecture seule. Aucune création de facture, aucun virement, aucun mouvement d’argent automatisé. Le système lit, agrège, affiche. Il ne touche jamais à l’argent. C’est un capteur, pas une main.
Le cash sous les yeux, sans le chercher
Restait un dernier détail, et c’est peut-être le plus agréable au quotidien.
Un tableau de bord, aussi juste soit-il, ne sert à rien s’il est enterré dans un onglet que j’ouvre une fois par semaine. Alors je l’ai sorti de l’écran. J’ai posé un petit afficheur e-ink, un TRMNL, sur l’étagère de mon bureau. Il fait tourner l’écran Cash d’Argos (à signer, à facturer, à encaisser, la trésorerie, les impayés, l’encaissé du mois) en rotation avec d’autres écrans du CRM et des écrans plus généralistes : la météo, une photo, et le reste.
L’effet est étonnamment fort. L’information financière n’est plus quelque chose que je vais chercher : elle passe d’elle-même dans mon champ de vision plusieurs fois par jour, entre la météo et une photo, à côté du chapeau et des lunettes de soleil. Je lève les yeux, et régulièrement, je sais où j’en suis. Pas de notification, pas d’app à ouvrir. Juste un chiffre calme, mis à jour tout seul, en noir et blanc sur du papier électronique.
Ce que je retiens
En construisant ce truc pour moi, j’ai validé une conviction : les meilleurs outils qu’on peut fabriquer, ce sont souvent ceux qu’on utilise soi-même en premier, avec de vrais besoins et de vrais irritants. Le suivi de trésorerie d’Argos est né de ma question à moi, celle du cash qu’on me doit. Et cette exigence d’utilisateur, celle qui ne laisse rien passer, finit par infuser dans le produit que je propose à mes clients.
Trois idées, si je devais résumer : recoller les données à la source plutôt que dans un tableur, afficher des faits vérifiables plutôt que des prédictions, et accepter que la meilleure interface, c’est parfois celle qui n’existe pas.
La prochaine fois que vous vous demandez combien on vous doit vraiment, posez-vous une autre question : est-ce que votre outil vous répond en un coup d’oeil, ou est-ce que vous devez encore ouvrir un tableur le dimanche soir ?